Societe

Internet : avons-nous encore une vie privée ?

10 Décembre 2011

Mardi 6 décembre, Mark Zuckerberg, le jeune PDG de Facebook s'est fait pirater son compte pour la deuxième fois. En tout, treize de ses photos privées ont été publiées sur Internet, à la vue de tous. Ce piratage, qui a été rendu possible grâce à une faille du réseau social, relance le débat sur la protection de la vie privée. Mais depuis l’avènement du Web, la notion de vie privée est-elle la même qu'il y a dix ans ?

« Moi, j’ai 2 300 amis sur Facebook », fanfaronne Marie, une lycéenne de 16 ans. L’amie avec qui elle parle n’en a « que 1 500 ». Mais l’une comme l’autre confessent n’en connaître qu’une centaine. Tous les autres, elles les ont rencontrés sur le réseau social. Autant de personnes qui ont accès à certaines de leurs données personnelles comme leur adresse postale, leur lycée ou leurs photos. Le plus étonnant reste très certainement le fait que cela laisse les deux amies relativement indifférentes. Aujourd’hui, 25 millions de Français possèdent un profil sur le réseau de Mark Zuckerberg.

« Nous sommes aujourd’hui tous conscients que nous partageons notre vie plus que nous le devrions. Les caméras de sécurité, les scanners corporels dans les aéroports ou encore la géolocalisation nous pistent, constamment. Mais nous nous y soumettons. Tant que l’on n’a rien à cacher, nous acceptons d’être suivis. Nous entrons dans une sorte de Big Brother moderne. L’anonymat a tendance à disparaître et sans anonymat pas de liberté », analyse le psychologue et psychanalyste Yann Leroux. « Le web est vicieux, on sait tous que l’on perd des choses à s’exposer ainsi sur le Net, mais ce qu’il y a à gagner, vie sociale, travail ou popularité, nous semble plus important qu’un morceau de notre vie privée », précise-t-il.

« Nous décidons où se trouve la limite entre privé et public »


En naviguant un peu sur la Toile, on remarque facilement que tous les internautes ne divulguent pas les mêmes informations. Certains se contentent de seulement tweeter pour dire ce qu’ils font tandis que d’autres n’hésitent pas à prendre des vidéos d’eux dans leur chambre. S’exposant au regard de tous, sans ressentir de gêne.

« Avec les nouvelles technologies la frontière entre ce qui est du domaine public et du domaine privé est devenue floue. Poster des photos de soi, visibles par des inconnus, est-ce aller trop loin ? Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses. La seule valable appartient à chacun, dès l’instant qu’il est conscient de ce qu’il fait. Nous décidons où se trouve la limite entre privé et public. Le souci c’est qu’il faut savoir à quoi l’on s’expose pour prendre pleinement notre décision, c’est pourquoi il est important d’expliquer, surtout aux jeunes, les enjeux des nouvelles technologies », explique Stéphane Hugon, Docteur en sociologie spécialisé dans les nouvelles technologies.

Sur la Toile, on s’insulte, on se drague, on se « poke », on poste des photos de ses amis ivres morts. La ligne entre le secret et le partagé ne semble plus avoir de grand rapport avec la morale ou la bienséance. « Tant que l’on se sent en sécurité derrière son écran, on croit que l’on peut tout faire et tout dire, sans que cela ait d’impact dans la ‘vraie’ vie », souligne Stéphane Hugon.

Jessi Slaughter : l’adolescente qui a enflammé le Web

Jessi Slaughter

L’année dernière Jessi Slaughter, américaine de onze ans, se filme et poste une vidéo d’elle sur Youtube afin de ne plus être « détestée » par les autres. Malheureusement, ce sera l’inverse. Dans sa vidéo, elle explique qu’elle est « parfaite », et affirme : « personne n’est plus jolie que moi sans maquillage » et « si vous me détestez, c’est parce que vous êtes jaloux ». L’arrogance de la jeune fille ne passe pas inaperçue. La vidéo se retrouve inévitablement sur 4chan, une sorte de forum.

Rapidement les nombreux anonymes du site retrouvent et publient son véritable nom, son email, son adresse postale, son numéro de téléphone… Un lynchage en règle débute et les internautes n’y vont pas de main morte.

Ils la harcèlent toute la journée, font livrer des centaines de pizzas chez elle, l’accusent de montrer ses seins à des inconnus sur internet, elle reçoit des appels l’implorant de se suicider. Jessi Slaughter n’est pas la seule victime. Toute la famille est harcelée. Sa mère reçoit des milliers de mails qui l’accusent d’être responsable de ce qui arrive à sa fille tandis que son père se fait accuser de frapper et d’abuser sexuellement sa fille.

Après une deuxième vidéo qui provoque l’hilarité et renforce la haine des internautes envers Jessi Slaughter, la jeune fille et toute sa famille sont placées sous surveillance policière et psychiatrique. Les autorités lui coupent également sa ligne internet et lui interdisent de se connecter pendant plusieurs jours.

Cette histoire très médiatisée, et loin d’être unique, prouve définitivement qu’Internet n’est pas à prendre à la légère et que ses règles et sa moralité sont loin d’être claires. Il est évident que Jessi Slaughter est tout autant responsable que la communauté de 4chan.

  • Internet Eyes : espionner rapporte de l'argent



    Le site anglais Internet Eyes est spécialisé dans la surveillance. Mais la société a décidé de pousser le jeu un peu plus loin que la simple observation par un employé. Internet Eyes permet aux internautes du monde entier de se connecter sur les caméras de sécurité placées par la société en accord avec les commerçants afin de repérer et signaler tout individu suspect. Par exemple, l'homme avec sa capuche qui s'attarde au rayon des surgelés ou la femme et sa poussette qui ne cesse de revenir au rayon conserve. Leurs moindres faits et gestes sont épiés par des anonymes. Ils peuvent regarder 24h/24 les milliers de caméras depuis leur propre chambre. Un simple bouton permet alors de signaler une personne suspecte. Chaque dénonciation « utile » rapporte des points qui se convertissent en euro et peuvent faire gagner jusqu'à 1 200 euros par mois. Le système d'Internet Eyes fonctionne et ravit les commerçants. Toutefois, dans un monde où l'évolution technologique est bien plus rapide que les administrations et leur capacité à légiférer, il y a toujours un risque de débordement. Et l'atteinte à la vie privée en est souvent un sujet central.

Publié par Elsa Platiau

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